26.01.2011
Sleepless in Tunis
Tunis est dans le chaos, ma tête n’arrive pas à ranger les événements de ces derniers jours !
Je vis dans un couvre feu nocturne depuis deux semaines, et ma vie est en mode pause. Sauf cette étrange sensation de vulnérabilité émotionnelle, cette facilité de m’emporter, de fulminer parfois, ces rires hystériques et ses larmes en tourbillon !
En temps de crise, les gens réagissent différemment, mais en temps de crise la barrière de défense sentimentale est plus affaiblie que jamais !
Preuve, deux jeunes gens séparés par un océan, à force de se parler, et discuter des nouvelles du pays se rendent compte qu'ils se rapprochent!
Et dire que les plus belles histoires d'amour de l'humanité se déroulaient en temps de guerre!
Je parle avec tous mes amis qui se ne sont pas en Tunisie, depuis Hanoï jusqu’à Montréal, je me demande comment j’ai connu tous ces gens, mais peu importe, le simple fait de les entendre parler de leur vie normale, leur banalité, le quotidien, le décalage horaire, les livraisons de pizza, les cours, les soirées, la température, me rend la soirée vivable.
Loin du vocabulaire obsessionnel de manifestation, démocratie, liberté, opposition, gouvernement, constitution, complot, milice, syndicat, grève, armée, hélicoptère, sniper, balle, balle et balle, qui d’ailleurs absorbe mon subconscient jusqu’au sommeil.
Loin du chaos, le monde extérieur est l’échappatoire, l’alcool peut être ou l’amour, enfin tout ce qui peut m’écarter de cette atmosphère confinée de post chute de dictature.
Le pays me meurtrie, je porte sa peine jusqu’à dans mes veines, et la ville renvoi ses démons pour réveiller les plus beaux souvenirs, et si un jour le beau vieux temps décidera de se suicider !
La liberté se paye cher, mais le passé n’a jamais était sombrement infernal, je vivais bien, je savourais les petits plaisirs, et c’est justement ces petits plaisirs qui me faisait le plus mal, ce chagrin débile et inadmissible de perdre les petits plaisirs contre cette grande valeur qu’est la liberté et la démocratie !
Je ne dors pas la nuit, comme pour sentir toutes les heures du couvre feu, pour essayer de comprendre de quelle liberté parle-t-on, refusant de dormir avec l’évidence d’être prisonnière chez moi.
Je passe la nuit à parler au monde, et consumer mes souvenirs, l’odeur du jasmin, au Café des Délices, une chicha, thé à la menthe, vue splendide sur le port, brise d’un nuit d’été et la voix d’Om Kolthoum, les soirées sur la plage, les salsa party, les dîners arrosés à la Mamma, les spectacles au Théâtre Municipal, à Carthage, les après midi footing au Belvédère, les cafés et discussions interminables avec les amis, les balades ramadanesques à La médina, même la faculté et sa dizaine de milliers d’étudiants.
Tunis, ses trottoirs envahis par ses cafés, ses étourneaux qui se dépalssent en nuage et caresse l’Africa, ses odeurs, encens, jasmin et friture, ses Lablebi et Kafteji, sa culture, ses voitures, ses boutiques, ses connards, ses clochards, ses intellos, ses coincés, ses pauvres, ses poubelles, ses friperies, ses souks, ses lounges, ses hammams, ses métros, sa Médina, son humours, sa luxure, sa vulgarité, sa douceur, ses monuments, ses fêtes, ses derbys, sa Goulette, ses Babs, sa Kasba, ses quartiers mal famés, Tunis et son âme.
Réduire le pays à une ville me laisse imaginer ses autres villes mieux portantes et reprennent vie, me rassure, penser à Ain Draham et ses forêts, Hammamet et ses hôtels vides, Kasserine et sa réserve du Mont Chaanbi saccagée, le grand sud et ses chameaux au chômage, Djerba perdue dans la mer ! C’est affolant de faire le Yann Arthus Bertrand et survoler le pays avec un objectif !
Alors je fais l’autruche pour survivre à cette douleur, et je veille jusqu’à l’aube pour guetter la liberté au petit matin priant de toutes mes forces pour ce peuple et ce pays !
04:35 Publié dans Ab Imo Pectore | Commentaires (0)

































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