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Des origines...


berbere.jpgMon nom de famille fait partie d’une douzaines de noms qui dérivent tous du même ancêtre, un marabout, Sidi El’ Bachir, ce saint marabout s’est installé avec sa femme dans une vallée du côté du barrage de Joumine (qui figurait sur les billets de cinq dinars jusqu’à 1993) pas loin de Béja, et leurs progéniture s’est éparpillée dans tout le pays, j’ai oublié quand est ce que ce couple saint avait quitté Bejaïa pour venir vivre à Béja.

Bejaïa est l’une des plus anciennes villes d’Algérie, une ville millénaire qui a porté autrefois les noms de Vaga, un terme libyco-berbère, c’est d’ailleurs la plus grande ville de Kabylie, et elle porte le nom de petite Kabylie.

Cette grande famille des Béjaoui avait la tradition de s’interféconder, pas de conjoints en dehors de la famille, jusqu’à la deuxième moitie du XX e siècle, ce qui a assuré en l’occurrence une préservation des caractères spécifiques de cette mini-population.

Dans la fin des années 70, mon père brisa la règle comme plusieurs Béjaoui de la même génération, et épousa ma mère, elle aussi une berbère mais qui appartient à la très grande tribu des Nefzaouas un groupe de Berbères Zénètes qui étaient des nomades et desquels dérivait probablement le fameux Tariq ibn Ziyad, selon Ibn Khaldoun, ce même Tariq auquel le Gibraltar doit le nom !

Ces tribus de berbères nomades et sédentaires sont les premiers occupants de cette grande Ifriqiya, le grand Maghreb d’aujourd’hui.

Je vais pas en faire un cours d’histoire, j’essaye justement de trouver mes repères, et de savoir enfin pourquoi je ne ressemble pas aux Arabes, et pourquoi quand je ose dire que je ne le suis pas je risque de me voire traitée de tous les noms et accusée de traitrise !

Je ne descends pas d’une grande famille dont l’ancêtre était un conquistador arabe, je ne suis pas l’arrière arrière petite fille d’un aristocrate turc aux yeux bleus, je ne fais pas partie de la descendance d’un grand cheikh kairouanais de l’époque,  je ne suis pas le fruit d’une hybridation entre colon français et indigène tunisienne, je suis une berbère race pure, c’est une question d’origine non pas de religion.

Avant de passer à ma petite personne, je souhaite rectifier une information, nous ne savons peut être pas tous que Tunis doit son essor aux Almoahades puis aux Hafsides par la suite et qui sont tous des Berbères !

Étymologiquement le mot Tunis que beaucoup croient arabe dérivant du mot « Ons » et qui signifie presque ce qui enchante, qui rassure, est en réalité issu du mot « ens » qui en dialectes berbères, se définit comme  « se coucher » et par extension  un endroit où passer la nuit, puis grâce aux français, le pays devient Tunisie !

Maintenant je suis bien une berbère dans un pays qui porte un nom berbère !

Et le fait de me voir classée en berbère et non arabe, n’est ni un mépris envers ce qui est Arabe (c’est ma culture, ma langue, ma religion), ni une fierté de ce qui est Berbère (moi et l’univers domestique de la femme Kabyle et l’idéal féminin qui dépendait de la fécondité ??!!!!).

Toute cette réflexion m’a permis de définir mes grands traits de caractère qui font de moi la femme que je suis,  la plupart des tunisiens souffre de ce mal identitaire, on nous dit depuis la petite enfance que nous sommes arabes et on grandit avec la grave évidence de ne pas l’être, jusqu’à ce qu’on réalise par nous même que ce n’est pas un pêché d’être autre chose !

Il m’a suffit d’assumer ma spécificité, l’authenticité de cette identité, pour forger résolument ma conscience, j’ai réalisé qu’arrêter de ressembler à autre chose que moi, va me permettre une émancipation totale.

Décidemment Je suis une femme, berbère, monothéiste, musulmane peu pratiquante, pseudolaïque, rebelle, citoyenne du monde sans à avoir me déplacer, par dessus tout une femme libre.

L'Homme Libre, l'emblème des Amazigh, je comprend pourquoi cette obsession qui marque toute leur culture, ce besoin vicéral, cet acharnement bestiole à préserver de toute leur force cette valeur, la liberté pour un berbère est l'essence même de son existence.

Etre alaise avec ce que je suis est un bon début pour que les autres qui me trouvent différente se trouvent alaises avec moi.

Photo: Lehnert ET Landrock.

Commentaires

  • Chère femme Tunisienne Berbère Monothéiste Musulmane Rebelle mais surtout citoyenne du monde,
    C'est bien réel, nous sommes tous citoyens du monde,c'est comme ça que je définirai chacun d'entre nous, malheureusement l'envie de chacun d'appartenir à quelque chose, à un groupe ou à une communauté soit raciale, soit religieuse soit politique ou autre émane de notre peur d'être seul de vivre exclu d'un ensemble... mais ensemble de quoi?? j'avais lu un livre dans ce sens, bien que je n'approuve pas totalement ce qui a été dit, le livre s'intitule "identités meurtrières" de Amin Maalouf ...
    Nous voilà par exemple, filles Tunisiennes, (pour ce qui est de ma part) 75% berbère, Monothéiste, 27 ans, appartenant à une certaine classe sociale, habitant une certaine région, ayant certaines visions politiques, parlant l'arabe le français l'anglais et l'Italien, écoutant de la Hadhra, du Nustrat fateh Ali Khan,du Gospell, du blues, du Jazz, du rock, le chant indien, ou Africain, aimant la littérature du monde entier des "al Mouallakat assabaa" à Nazim Hikmat à Tawfik al Hakim, à Diderot, Aristote, Chomsky, Shakespear, Achinua Achebe... Je m'intéresse à ce qui se passe dans le monde (catastrophes, guerres, coups d'états, famine, etc..)
    Personne n'est différente de par ces racines, origines, culture, religions, couleur, taille, handicapes, statut civil ou social.. en fin de compte nous sommes tous humains, de simples mortels, les os blancs et le sang rouge...
    Bella Ciao ;)

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